Renouées du Japon et de Sakhaline : comprendre l’invasion pour mieux agir
Introduites d’Asie il y a plus d’un siècle, les renouées du Japon et de Sakhaline figurent aujourd’hui parmi les plantes invasives les plus problématiques des berges de nos rivières. Capables de constituer des peuplements denses et quasi exclusifs, elles menacent durablement la biodiversité végétale et animale. Dans la continuité de notre précédent article sur les espèces invasives, Jaques Plumecocq et Sébastien Darnaud présentent les mécanismes de propagation de ces plantes sur le bassin de l’Eyrieux, leurs impacts écologiques et les retours d’expérience locaux qui montrent que, malgré la difficulté, des solutions existent pour limiter la propagation de ces plantes.
OBSERVATOIRE DE LA BIODIVERSITÉ
Origine et caractéristiques
Considérées parmi les plantes invasives les plus problématiques des berges de nos rivières, les renouées de la famille des polygonacées ont été importées d’Asie il y a environ 150 ans.
Vivaces, les espèces Renouée de Sakhaline (Reynoutria sacchalinensis) et Renouée du Japon (Reynoutria japonica), très proches, développent des rhizomes tortueux dans les sols humides, au bord des rivières ou dans les fossés de routes. Leur partie aérienne, constituée de cannes creuses pouvant atteindre trois mètres de hauteur, meurt chaque hiver.
Mellifère et très vigoureuse, elle prolifère rapidement dans les sols humides, formant parfois une véritable jungle inextricable. Sa croissance printanière rapide, alimentée par les réserves de ses rhizomes, lui permet de prendre rapidement le dessus sur les petites plantes, les privant de lumière et entraînant leur dépérissement.
Les arbres adultes dont le feuillage est en hauteur restent généralement épargnés, mais le renouvellement de la végétation devient impossible : arbustes et jeunes arbres meurent à leur tour, ce qui peut aboutir à des milieux dominés presque exclusivement par les renouées.
Outre la perte de biodiversité végétale, la faune locale est également affectée, ces plantes supprimant de nombreuses espèces hôtes d’insectes ou plantes nourricières. Bien que certains apiculteurs apprécient la floraison estivale pour les abeilles, un milieu entièrement envahi ne permettrait pas aux pollinisateurs de se nourrir le reste de l’année.
Introduction et propagation sur l’Eyrieux
La renouée s’est implantée sur l’Eyrieux dans les années 1990. Son introduction probable est liée à des fragments de rhizomes transportés par des engins de chantier lors de travaux agricoles, d’aménagements en rivière ou par les services routiers via des remblais déplacés.
Ce mode de propagation est beaucoup plus efficace que la germination des graines, qui, malgré leur abondance, ne trouvent pas toujours un sol propice. Les rhizomes, au contraire, grossissent chaque année (de quelques millimètres à 5 cm ou plus), possèdent des radicelles tous les 3 à 4 cm et peuvent générer une nouvelle végétation même à partir de très petits fragments.
Les crues violentes contribuent également à leur dispersion : elles arrachent des morceaux de rhizomes et les transportent en aval, favorisant ainsi la colonisation de nouveaux sites.
Retours d’expérience et techniques de lutte
Au Royaume-Uni, des tentatives d’éradication par herbicides ont rapidement échoué : elles ont détruit la faune aquatique locale, et cette approche a été largement abandonnée.
Des expériences locales permettent de dégager quelques pistes efficaces :
Arrachage manuel avec destruction des racines (sur de petites stations, en début de colonisation) : Technique testée avec succès sur trois sites de la Glueyre. Les fragments ont été placés sur un sol type béton pendant plusieurs mois pour éviter toute reprise.
Pâturage répétitif (sur les moyennes et grandes stations) : chèvres, moutons ou ânes broutant les repousses pour épuiser progressivement les réserves des rhizomes. Sur les plus grandes stations, cette méthode demande plusieurs années et un suivi humain attentif, mais elle commence à porter ses fruits. (Voir notre article sur l'éco-pâturage)
Techniques mécanisées : employées par le SMEC à la confluence Glueyre–Eyrieux rive droite, elles consistent à décaper le sol, broyer les racines avec un engin spécial, puis recouvrir la zone d’une bâche étanche pendant au moins deux ans, empêchant la lumière d’atteindre les fragments et provoquant leur dépérissement. Cette méthode a donné d’excellents résultats.
Perspectives
Peut-être qu’un jour, sur de très longues périodes, la faune locale ou une nouvelle faune saura réguler ces envahisseuses. Mais pour l’instant, les efforts de toutes les personnes qui s’engagent pour limiter la propagation de cette plante sont essentiels et méritent d’être salués.
Station de renouées sur les berges de l'Eyrieux.
Repousses après arrachage.
Petit chantier d'arrachage (avant)
Petit chantier d'arrachage (après)
Plantes mortes (en hiver)
Cannes mortes couchées et arrachées par les crues hivernales, avec des bourgeons (entourés en rouge)




