Le grand méandre des Ollières… L’Eyrieux, un écosystème vivant à soigner
Le samedi 7 mars, l’équipe rivière de BEED a proposé une sortie de terrain pour partir à la rencontre de l’Eyrieux et mieux comprendre son fonctionnement. Retour sur une après-midi de découverte au cœur du grand méandre des Ollières.
ACTIONSRIVIÈRES VIVANTES
Ce samedi à 13h00, nous étions une dizaine de participants au départ de la première sortie Eyrieux avec pour objectif de découvrir la fonction hydro-morphologique de la rivière, entendre par là le fonctionnement du cours d’eau dans toutes ses composantes:
Le flux liquide en basses eaux et en crue ;
le transit sédimentaire ( des plus petits sédiments , « les fines », aux plus gros galets) ;
les organismes vivants ( poissons, macro invertébrés, végétaux..) ;
la diversité des écosystèmes, les habitats des divers organismes aquatiques ;
la forêt riveraine, la ripisylve (voir définition plus bas) qui accompagne la rivière.
Pour nous éclairer , trois intervenants nous accompagnaient : Jean Louis Palix et Eric Gaillard, naturalistes de BEED et Quentin Teysseire, animateur rivière et pêche de RIVEO (fédération de la pêche). Nous avons observé avec eux une partie du grand méandre des Ollières sur Eyrieux, depuis le pont des Ollières jusqu’à Baffie, face à la plaine des Avallons en passant par le pont de la Pimpie.
Ce tronçon du Moyen-Eyrieux est une zone de transition entre les gorges rocheuses en amont et la plaine alluviale : la pente décroît peu à peu, le lit s’élargit, le flux se ralentit.
Aux Ollières, nous avons découvert l’histoire du “Chauvert”, ce champ de dépôt de galets, avec le captage d’eau de la commune des Ollières. En rive gauche abrupte affleure la roche mère et en rive droite large et étalée, s’accumulent les sédiments. Cet espace, normalement occupé par les saules, vernes et peupliers est aujourd’hui envahi par les Renouées du Japon.
Nos guides nous ont expliqué la dynamique de l’eau, l’organisation de la vie aquatique selon les saisons, la montaison des poissons, les frayères, zones de frai des truites, qui dépendent de plusieurs facteurs (hauteur et vitesse de l’eau, taille des matériaux, épaisseur du manteau alluvial).
Nous avons compris les origines majeures du déséquilibre actuel de la rivière :
les extractions importantes de matériaux (sables, galets) au cours des années 60 à 80 ;
le piégeage, depuis 40 ans, de 2 millions de m³ de sédiments par le barrage des Collanges.
Ces deux facteurs clé du déficit de sédiments observable sur le moyen et bas-Eyrieux se traduisent par des érosions de berges, l’enfoncement du lit, la destruction de terres agricoles, la perte de diversité des habitats et des peuplements de macro-invertébrés.
Nous avons pu observer aussi la mise en place des « biofilms benthiques » cette couche d’organismes microscopiques (composée de bactéries, champignons, micro-algues, micro-faune) accrochée au fond de l’eau sur les galets et nourrie par les divers polluants et nutriments (en particulier phosphore et azote) qui sont à l’origine du développement des nombreuses algues l’été : c’est l’eutrophisation.
L’appauvrissement du transit sédimentaire de l’Eyrieux nuit à l’ensemble des composantes de l’hydrosystème, et affecte en particulier la capacité d’auto-épuration de la rivière qui ne peut absorber et digérer les charges polluantes en excès. La restauration du bon état écologique implique celle du bon fonctionnement global de la rivière. Un Plan de Gestion Sédimentaire à l’échelle du bassin versant de l’Eyrieux pourra y contribuer (voir notre article : Un plan de gestion sédimentaire pour le bassin de l'Eyrieux : Comprendre, agir et restaurer le bon fonctionnement de la rivière ).
C’était une balade bien agréable et surtout une découverte très instructive, un changement de regard pour lire la rivière, essentiel pour comprendre les enjeux d’équilibre de l'Eyrieux pour nous tous, habitants de ses rives.
BEED et ses partenaires amis de la rivière (la fédération de la Pêche, la FRAPNA, le Comité départemental de Canoë-Kayak), organiseront d’autres balades découvertes pour sensibiliser le maximum de personnes. Deux autres sorties sont proposées : le 11 avril du Cheylard à Beauchastel pour observer les désordres hydro-morphologiques de l’Eyrieux et le 30 mai à l'occasion de l’Assemblée Générale de BEED aux Ollières.
Nous invitons chaque citoyen, habitant, usager de l’Eyrieux à comprendre le fonctionnement de notre rivière pour que chacun devienne ambassadeur de la rivière, un bien commun vulnérable qui doit être farouchement préservé pour notre santé et sécurité à tous.
Les ripisylves, kezako ?
Ce sont les forêts le long des cours d’eau. Du latin ripa, qui signifie rive et silva, la forêt, les ripisylves sont des bandes boisées plus ou moins larges poussant sur les berges des cours d’eau. Elles sont ainsi un écosystème à part entière et totalement particulier, du fait des interactions qui se jouent continuellement entre la terre, les arbres et l’eau. Les bords des cours d’eau boisés sont donc considérés comme des zones humides particulières, que l’on nomme communément ripisylves ou forêts rivulaires.
Ces écosystèmes accueillent une faune et une flore particulière, du fait de la présence permanente de l’eau, parfois des courants et des crues. Ainsi, les essences d’arbres les plus présentes dans les ripisylves sont les aulnes, frênes et saules en bordure, puis les érables et les ormes un peu plus en hauteur, les charmes et chênes pédonculés en arrière-plan. Pour ce qui est de la strate arbustive, aubépines et coudriers sont souvent présents et la strate herbacée compte des espèces telles que les joncs, les carex ou les massettes (couramment appelées quenouilles).
Les ripisylves ne contribuent pas seulement au maintien des berges. Elles ont également un rôle d’épurateur, de prévention des crues et sont un véritable réservoir biologique, permettant à une riche biodiversité faunistique et floristique de vivre et se reproduire.




