Sécheresse, canicules, rivières à sec et eutrophisées : retour sur 120 jours de crise estivale

De la sécheresse des sols à l’assèchement de certains cours d’eau, l’été 2026 aura profondément marqué le bassin de l’Eyrieux. Après un printemps déjà très sec, les canicules successives ont accentué la baisse des débits, les besoins en eau et les pressions exercées sur les écosystèmes aquatiques. À ces tensions quantitatives s’est ajoutée une dégradation de la qualité de l’eau, avec notamment le développement de phénomènes d’eutrophisation. Retour sur plus de 120 jours de crise estivale et sur les enjeux auxquels le bassin devra désormais faire face.

RIVIÈRES VIVANTES

J-L. Palix - Septembre 2026

Un été 2026 sous haute tension

Cet été 2026 , champion des records de températures, de déficit pluviométrique, d’assèchement des sols, de prairies et bois grillés, de rivières aux débits d’étiage critiques et pour certaines à sec, a affecté durement le bassin de l’Eyrieux et a posé de nouveaux défis liés au dérèglement climatique.

Le phénomène n’est plus lointain, il est déjà à l’œuvre, et a impacté la plupart des activités humaines, avec des restrictions d’eau domestiques et professionnelles, en particulier l’agriculture dont les productions ont été impactées, nécessitant des besoins d’irrigation accrus.

Il a été vécu dans la chair de l’ensemble du vivant, végétal et animal, a affecté la biodiversité dans son ensemble et la santé humaine.

Une ressource en eau sous pression

Quelques chiffres révèlent l’ampleur de cette situation.

Un début de printemps sec : mars/avril déficitaires en pluie à plus de 50%, à la période des plus gros besoins en eau pour la croissance végétative des plantes et des arbres.

La suite est une succession de déficits pluviométriques : du 10 mai au 20 août, seulement 85mm sur les 100 jours, ce qui représente moins de 1mm/jour. Ce déficit s’amplifie en septembre, pénalisant encore davantage les sols, la végétation et les cours d’eau.

L’évapo-transpiration des plantes sur la période de 100 jours s’élève à 7mm/jour. Les besoins en apport d’eau quotidien correspondraient donc à 6mm ( c’est-à-dire 6 litres d’eau par m²).

Un jardin potager de 100 m² nécessite un apport quotidien de 600 litres pour satisfaire la demande des plantes.

Les besoins d’irrigation des surfaces agricoles (fruits et cultures légumières) de la basse vallée correspondent à environ 200 000 m³ de mai à septembre.

Des rivières au bord de l'étiage critique

Le « Débit d’Objectif d’Etiage » de l’Eyrieux aval (débit minimal souhaitable pour satisfaire les usages divers et les besoins biologiques du milieu) a été proposé à 750 L/sec dans le cadre de la concertation du Plan Territorial de Gestion de l’Eau.

La station de mesure de Pontpierre à St Fortunat a enregistré au cours de cet été des débits inférieurs de moitié à cette référence (entre 270 l/s et 500 l/s), malgré les lâchers de soutien du barrage des Collanges (50 à 100 L/sec).

Le niveau des débits de rivières en été est suivi rigoureusement par les services préfectoraux qui déterminent les seuils d’alerte et imposent des règles de restriction selon les niveaux de débits observés au fil de l’été ; c’est la station de Tisonèche sur la Glueyre (relevés historiques depuis 1950 ) qui sert de référence pour surveiller les débits d’étiage et déclencher les niveaux d’alerte sur l’Eyrieux aval .

Au cours de cet été, sur la partie du bas Eyrieux « soutenu » (aval du barrage des Collanges ) : vigilance-alerte le 19/06 (débit sous le seuil de 1/10ème de la moyenne des débits annuels) -alerte renforcée le 15/07 - crise le 5/08 (le débit sous le seuil de 1/40ème).

La station de la Condamine à St Martin-de-Valamas a enregistré les débits de l’Eyrieux en aval de la confluence des principaux affluents (Eysse, Saliouse surtout) contribuant majoritairement à alimenter l’Eyrieux car leur bassin versant reçoit en moyenne 2 fois le niveau de pluviométrie annuelle ) : entre 150 L/sec et 300 L/sec au cours des 100 jours.

Sur les 50 kilomètres séparant les deux stations (Condamine et Pontpierre) , on observe une perte d’eau importante par évaporation , en particulier sur les secteurs de retenue, notamment le lac des Collanges, et la douzaine d’autres barrages qui offrent une grande surface à l’ensoleillement et au réchauffement des eaux particulièrement intenses cet été.

Cette part de l’évaporation sur 100 jours pourrait représenter l’équivalent du volume prélevé pour l’irrigation de la moyenne et basse vallée.

Quand l'eau manque, la température monte

Les écosystèmes aquatiques n’ont pas été épargnés. La baisse des débits réduit la capacité des cours d’eau à évacuer la chaleur et favorise le réchauffement de l’eau. Cette élévation de la température, associée à une moindre oxygénation, rend les conditions de vie particulièrement difficiles pour les espèces les plus exigeantes et fragiles, notamment certains macro-invertébrés et poissons. La truite, par exemple, entre en situation de stress au-delà de 20 °C et peut être exposée à la mortalité lorsque la température dépasse 24 °C. Dans les cours d’eau ayant atteint des situations d’assèchement, la Fédération de pêche a dû pratiquer de nombreuses pêches de sauvetage.

Eutrophisation : quand les nutriments bouleversent la rivière

Lorsque le milieu aquatique est « sur alimenté » en nutriments (phosphore et azote) d’origine humaine (engrais, eaux usées domestiques , agricoles et industrielles, lessivage des sols imperméabilisés) il évolue vers une situation qualifiée d’« eutrophe » au cours du printemps-été sous l’effet de l’ensoleillement et de l’augmentation des températures.

C’est un phénomène qui a tendance à s’amplifier compte tenu de l’évolution des paramètres qui le favorisent : concentration en phosphore et azote (stock accumulé dans les sédiments et part dissoute dans l’eau) réchauffement thermique, étiages sévères, moindre dilution… Il s’ensuit une prolifération d’algues en surface (phytoplanctoniques) ou dans le fond du cours d‘eau (benthiques).

Au delà d’un certain seuil, certaines algues (les cyanophycées) prennent le dessus sur les autres (chlorophycées, diatomées…) par leur capacité à former des colonies et leur seuil de tolérance thermique.

Cette recrudescence constatée dans la plupart des cours d’eau s’est manifestée dans l’Eyrieux depuis plusieurs années : les blooms algaux (pics de prolifération) sont plus intenses et se produisent de plus en plus tôt suite au réchauffement des eaux sous l’effet des canicules successives. Mais les premiers signes d‘eutrophisation étaient apparus dès 1988 sur la retenue des Collanges, cinq ans après la mise en eau du barrage, et… depuis, le phénomène s’amplifie.

Outre les atteintes aux usages liés aux activités humaines, l’eutrophisation des cours d’eau entraîne une perturbation profonde de l’écosystème aquatique : désoxygénation, modifications du PH, turbidité, colmatage des fonds, affectant les espèces les plus sensibles. Parmi les nombreuses espèces de cyanobactéries, certaines sont toxiques ; Un rapport de l’ANSES (Agence Nationale de SEcurité Sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail) a élargi le principe de surveillance à quatre familles de cyano-toxines. Mais les contrôles de l’ARS (Agence Régionale de Santé) sont limités aux baignades déclarées et surveillées des rivières, plans d’eau, et aux réseaux d’eau potable.

Sur le bassin de l’Eyrieux, seul le lac de Devesset fait l’objet d’un suivi réglementaire et d’une information aux usagers depuis quelques années (voir article de l'ARS Rhône-Alpes : "Qualité de l’eau : un projet scientifique et pédagogique autour du risque des cyanobactéries soutenu par l’ARS au lac de Devesset (07)").

L’ANSES souligne que la seule méthode durable pour restaurer et protéger les écosystèmes aquatiques consiste à réduire à la source les apports de phosphore et azote.

Sur le bassin de l’Eyrieux, hormis le cas particulier du sous-bassin de la Dunière, l’origine principale de ces apports réside dans le relargage estival du phosphore stocké dans les sédiments de la retenue des Collanges, mais aussi dans les rejets d‘eaux usées des stations d’épuration dont les niveaux d’équipement ne permettent pas d’abattre le niveau de phosphore de plus de 50%.

Quelles pistes pour restaurer la ressource ?

Les conditions climatiques de cet été ont accentué les dysfonctionnements des milieux aquatiques, révélé leur fragilité et fortement impacté les activités humaines.

Au-delà du simple constat du mauvais état de santé de nos rivières, dans le contexte actuel et futur du réchauffement climatique, il est nécessaire d’accompagner la réflexion collective avec l’ensemble des acteurs pour proposer des pistes d’actions réalistes et innovantes, à la fois de sobriété dans les divers usages de l’eau, mais aussi d’amélioration de la ressource, en adoptant les principes de l’hydrologie régénérative et en mettant en œuvre la restauration et la préservation des zones humides…

Dans le cadre du Plan Territorial de Gestion de l’Eau de l’Eyrieux, couplé avec le Contrat Eau-Climat, un certain nombre d’actions sont inscrites pour la mise en œuvre de ces orientations. BEED, bien impliqué dans la phase préparatoire poursuivra son engagement notamment par des actions de sensibilisation avec nos partenaires du Collectif « Un PGS pour l’Eyrieux » (sorties de terrain, réalisation d’un document vidéo…).

Etat de l'Eyrieux - Juillet 2026 :

  1. En amont du barrage des Collanges (camping du Cheylard)

  2. En aval du barrage (St Fortunat)