L'eau, un bien commun à partager
L’eau structure nos paysages, nos écosystèmes et nos modes de vie. Elle ne circule jamais au hasard : des sommets cévenols jusqu’au Rhône, chaque goutte s’inscrit dans un bassin versant où tout est lié — climat, milieux naturels, usages humains. Comprendre le fonctionnement de l’eau, c’est prendre conscience de son extrême fragilité et de notre responsabilité collective. À travers l’exemple du bassin versant de l’Eyrieux, cet article propose d’explorer les mécanismes naturels, les enjeux réglementaires et les défis actuels de la gestion de l’eau, pour rappeler une évidence essentielle : l’eau n’est pas une marchandise, mais un bien commun à partager et à préserver.
RIVIÈRES VIVANTESPOUR ALLER PLUS LOIN...
Dans l’article « Ressources radiophoniques au fil de l'eau... », BEED propose une sélection de podcasts consacrés à l’eau — à ses usages, à ses crises, à ses enjeux politiques et écologiques — afin de mieux comprendre les défis qui nous attendent et d’alimenter le débat, à la fois local et national. Ces paroles, ces récits et ces analyses rappellent combien l’eau est au cœur de nos sociétés, de nos territoires et de nos choix collectifs.
Dans la continuité de cette démarche, le présent article propose d’aller plus en profondeur dans la compréhension du fonctionnement de l’eau, non plus seulement comme récit ou expérience, mais comme système naturel, écologique et politique. Du bassin versant aux cours d’eau, de la montagne cévenole jusqu’au Rhône, il s’agit ici de mieux comprendre les mécanismes qui régissent la circulation de l’eau, les enjeux de sa gestion et les responsabilités collectives qu’elle implique. Car pour pouvoir la protéger, la partager et en débattre démocratiquement, il est indispensable de comprendre comment l’eau s’organise et se gouverne à l’échelle du territoire.
Comprendre la notion de bassin versant
L'eau qui coule à la surface de la terre ne coule pas par hasard. Les rivières et les fleuves façonnent le bassin versant qui, en retour, guide et modèle en permanence leur écoulement.
Dans un bassin versant, tout est intimement lié : climat, débit des cours d'eau, écosystème.
Comprendre son fonctionnement, c'est essayer de saisir les interrelations entre les phénomènes hydrologiques, climatiques et biologiques qui s'y jouent.
Le bassin versant est l'unité géographique qui réceptionne et collecte les eaux de pluie, et les draine vers un point unique appelé exutoire.


Notion de cours d'eau
Jusqu'en 2016, aucun texte législatif ne définissait la notion de cours d’eau. Ce n'est qu'avec la loi du 8 août 2016 pour la reconquête de la biodiversité, de la nature et des paysages que cette lacune est comblée.
L'article 118 de cette loi insère un nouvel article L. 215-7-1 dans le code de l'environnement précisant que « constitue un cours d'eau un écoulement d'eaux courantes dans un lit naturel à l'origine, alimenté par une source et présentant un débit suffisant la majeure partie de l'année ».
L'écoulement peut ne pas être permanent compte tenu des conditions hydrologiques et géologiques locales.
Ainsi les trois critères cumulatifs caractérisant un cours d'eau sont :
la présence et la permanence d’un lit naturel à l’origine, avec un lit mineur qui coule tout le temps et un lit majeur qui accepte les débordements, ce qui distingue les cours d’eau (artificialisés ou non) des fossés et canaux creusés par la main de l’homme ;
l’alimentation par une ou plusieurs sources, et de ruissellement en surface lié à la pluviométrie et de la géologie du sous-sol ;
la permanence d’un débit suffisant une majeure partie de l’année, critère qui doit être évalué en fonction des conditions climatiques et hydrologiques locales.
Le bassin versant de l'Eyrieux
De 83,5 km de longueur, l'Eyrieux, affluent rive droite du Rhône, est l'une des principales rivières qui viennent grossir ce fleuve entre Lyon et Avignon.
Son bassin d'une superficie totale de 865 km², représente près des 3/4 de la région dite des Boutières.
Il prend sa source près du lac de Devesset à 1100 mètres d'altitude.
L'ensemble du bassin est compris entre la chaîne cévenole au sud et à l'ouest, à laquelle il est adossé, point culminant : mont Mézenc à 1 753 mètres, et une arête montagneuse moins importante au nord, qui, partant de la chaîne des Boutières, s'abaisse progressivement jusqu'au Rhône.
Le point le plus bas du bassin, au confluent avec le Rhône, est à la côte 95 mètres.


Les sous-bassins versants De l'Eyrieux
Ils délimitent le plus souvent des bassins de vie, reliés entre eux en fonctions des accidents du relief, des voies de communication, des modes de vie quotidienne locale et des échanges avec les bassins de vie voisins.
Pluviométrie moyenne annuelle sur les différents lieux du bassin (les 50 dernières années) :
Le Mézenc : 1124 mm
Sagnes et Goudoulet (Ray Pic) : 1865 mm
St Agrève : 1045 mm
Le Cheylard : 1168 mm
St Pierreville : 1320 mm
Vernoux : 1150 mm
Les Ollières / St Michel de Chabrillanoux : 1050 m
Beauchastel : 953 mm
Le bassin versant de l'Eyrieux, de la montagne à la mer


Un orage cévenol, un épisode cévenol ou des pluies cévenoles sont un type de pluie qui affecte principalement les Cévennes et le piémont cévenol, dans le sud de la France. Ces épisodes violents provoquent souvent de graves inondations. Il s'agit d'épisodes méditerranéens.
Le « véritable épisode cévenol » se caractérise par l'accumulation de masses nuageuses en provenance du golfe du Lion, souvent dans un régime de vents de sud à sud-est très humides, provoquant dans un premier temps des pluies orographiques sur les massifs qui finissent par s'étaler en général jusqu'en plaine.
Les pluies orographiques ou de relief, résultent de la rencontre entre une masse d'air chaude et humide et une barrière topographique particulière.
Par conséquent, ce type de précipitations n'est pas « spatialement mobile » et se produit souvent au niveau des massifs montagneux.
Un épisode cévenol se déroule normalement sur plusieurs jours et donne en moyenne des quantités d'eau comprises entre 200 et 400 mm sans que cela revête un caractère exceptionnel pour ces régions montagneuses (plus rarement jusqu'à 600 ou 700 mm au cours d'épisodes vraiment intenses).
Les épisodes cévenols se produisent principalement en début d'automne, mais ils peuvent aussi se produire (plus rarement) au printemps, en mars et avril.
Ces phénomènes existent depuis des siècles (Tanargue = divinité du tonnerre et des pluies)
La gestion de l'eau et des milieux aquatiques du Bassin versant de l'Eyrieux
Une réglementation pour le bon état des milieux aquatiques
En 2000, la Directive Cadre sur l'Eau (DCE) harmonise la règlementation à l'échelle européenne en matière de gestion de l'eau et instaure l'obligation de protéger et de restaurer la qualité des eaux et des milieux aquatiques.
Cette DCE est retranscrite en France dans la Loi sur l'eau et les milieux aquatiques, dite "GEMA" (GEstion des Milieux Aquatiques), en 2006.
La DCE impose ainsi un bon état général tant pour les eaux souterraines que pour les eaux superficielles, y compris les eaux estuariennes et côtières et pour cela, la gestion de l’eau doit être conduite à l’échelle des bassins versants.
De plus en plus confrontés à des problèmes de qualité d'eau, de faible débit à l'étiage et d'érosion, une réelle volonté de mener une politique de gestion de la rivière, pérenne, cohérente et commune, à l'échelle du bassin versant, en collaboration avec les acteurs locaux a donné naissance au Syndicat Eyrieux Clair dès 1997 (il devenu aujourd'hui SMEC - Syndicat Mixte de l'Eyrieux à Crussol).
Les Partenaires du Syndicat
Les collectivités :
les communes du territoire et les 4 EPCI (Établissements Publics de Coopération Intercommunale) que ce sont : CC Rhône Crussol, CC Val'Eyrieux, CC Montagne d'Ardèche, Communauté d'Agglomération Privas Centre Ardèche (CAPCA).
la Région Auvergne Rhône-Alpes, Département de l’Ardèche, PNR, syndicats…
Les partenaires techniques :
Pour accompagner les maîtres d’ouvrage dans la bonne exécution des actions, des partenariats sont créés avec :
les services de l’Etat : Direction Départementale des Territoires (DDT), Office Française de la Biodiversité (OFB), Direction Régionale de l’Environnement, de l’Aménagement et du Logement (DREAL), Agence Régionale de la Santé (ARS)…
l’Agence de l’Eau RMC
les Chambres consulaires : chambre d’agriculture, chambre de commerce et d’industrie, chambre des métiers…
Les associations : Fédération de Pêche, FRAPNA, Conservatoire d’Espaces Naturels, BEED, l'association Canoë-Kayak de l'Eyrieux, …
Les financeurs, suivant leurs natures et objectifs, les actions sont subventionnées par :
l’Agence de l’Eau Rhône Méditerranée Corse (AE RMC)
Autres : Europe, Etat, Fonds privés (CNR entre autres) ...
Un nouveau schéma de gestion de l'eau a vu le jour à l'échelle du bassin
Le PTGE (Programme Territorial de Gestion de l'Eau) a vu le jour pour une durée de 6 ans, 2025 – 2030, renouvelable jusqu'en 2050, géré par le SMEC, maitre d'ouvrage de l'opération. Une première réunion du comité de pilotage à rassemblé le 17 février 2025 une grande partie des représentants des structures partenaires citées plus haut.
Les orientations qui sont ressorties des 3 ans de réflexions croisées sur la question de la ressource en eau font consensus sur une situation préoccupante, voire critique sur certains sous-bassins : prélèvements excessifs par rapport à la ressource en période d’étiage…
Comment ajuster la ressource par rapport aux contraintes biologiques des milieux aquatiques (débit biologique) et aux divers usages et prélèvements (débit prélevable), ainsi que la situation préoccupante du barrage des Collanges et de la catastrophe survenue lors de sa vidange le 3 octobre 2024.
Un temps de réflexion en 5 groupes a permis d’évaluer la « gravité » actuelle et à l’horizon 2050 de la situation en terme de non-adéquation entre ressource, usages et besoins biologiques des milieux aquatiques.
L'eau à l'échelle de la commune
Face à ce constat, il est urgent (et vital) de construire aujourd'hui une nouvelle culture de l'eau, à l'échelle individuelle et collective, partagée par les habitants, usagers et gestionnaires de tout bord, pour aborder les décennies à venir et ainsi faire face à notre adaptation au dérèglement climatique.
L'eau n'est pas une marchandise mais un bien commun.
Les actions souhaitées, souhaitables et possibles, à l'échelle des communes et de leurs quartiers, ainsi qu'à l'échelle du bassin versant et bien au-delà, passe par un changement de gouvernance, l'écoute et la participation des parties prenantes n'étant pas toujours respectées.
Régime des pluies et averses Cévenoles
