Des nouvelles des libellules de l'Eyrieux... Entre inquiétude et espoir.

À la suite des résultats très préoccupants mis en évidence par l'étude menée par la BEED en 2025, le Parc naturel régional des Monts d'Ardèche (PNRMA) a décidé de prolonger le suivi des populations de libellules sur l'Eyrieux en 2026 et 2027. Les premiers relevés de cette nouvelle campagne confirment que les effets de la vidange du barrage des Collanges restent bien visibles, tout en laissant entrevoir les premiers signes d'une recolonisation de certains secteurs.

OBSERVATOIRE DE LA BIODIVERSITÉ

S. Darnaud - Août 2026

​Un suivi renforcé

Le PNRMA a confié le suivi des odonates à la FRAPNA Ardèche.

À la différence des expertises conduites après la vidange par le SDEA, cette nouvelle étude reprend les protocoles naturalistes mis en œuvre depuis de nombreuses années sur l'Eyrieux. L'étude réalisée par BEED en 2025, qui intégrait notamment une station témoin située en amont du barrage des Collanges, avait montré que l'effondrement des populations observé en aval était principalement lié à la vidange du barrage, tandis que la crue survenue quelques jours plus tard n'avait eu qu'un impact limité.

Comme lors de l'étude de 2019, le périmètre des prospections est élargi à plusieurs affluents de l'Eyrieux, notamment la Glueyre, l'Auzène et la Dunière. Cette extension permettra de mieux comparer l'évolution des populations entre les secteurs affectés et ceux qui ne l'ont pas été.

Cette campagne bénéficie également de la participation des experts de BEED et du GRPLS (Groupe de Recherche et de Protection des Libellules Sympetrum), afin de renforcer les moyens de prospection et d'appliquer un protocole reposant notamment sur la collecte systématique des exuvies (enveloppes larvaires abandonnées lors de l'émergence des libellules), seule méthode permettant d'attester avec certitude de la reproduction des espèces sur un site.

​Les premiers résultats
​Les affluents restent préservés

Bonne nouvelle : aucune évolution notable n'a été observée sur les affluents étudiés. Les populations de libellules y demeurent stables, confirmant que ces cours d'eau n'ont pas subi les perturbations constatées sur l'Eyrieux.

​Une situation toujours préoccupante sur l'Eyrieux...

Sur l'Eyrieux, le bilan est plus contrasté.

Pour la cordulie splendide (Macromia splendens), les secteurs perdus après la vidange n'ont toujours pas été recolonisés. En revanche, le noyau principal de la population s'est maintenu. La situation ne s'est donc pas aggravée entre 2025 et 2026, mais aucune amélioration n'est encore observable.

La situation est plus inquiétante pour la cordulie à corps fin (Oxygastra curtisii). Les secteurs perdus en 2025 n'ont pas été reconquis et les effectifs continuent de diminuer sur plusieurs sites où l'espèce était encore présente l'an dernier. Cette tendance concerne également plusieurs autres espèces observées au cours des prospections.

Des signes d'espoir

Malgré ce constat, les naturalistes ont relevé plusieurs observations encourageantes.

Des exuvies de gomphe à pattes jaunes (Stylurus flavipes) ont été découvertes cette année dans les derniers hectomètres de l'Eyrieux, alors qu'aucune n'avait été observée en 2025. Des exuvies de cordulie à corps fin ont également été retrouvées à Beauchastel.

Ces observations suggèrent un début de recolonisation de l'aval de l'Eyrieux depuis le Rhône, même s'il est encore trop tôt pour savoir si cette dynamique pourra s'inscrire dans la durée.

Les prospections ont également permis d'observer une présence plus importante de poissons sur plusieurs secteurs, laissant espérer une amélioration progressive de l'état écologique de la rivière.

​​Une vigilance qui reste indispensable

Les résultats des suivis prévus en 2027 seront déterminants pour mesurer la capacité de résilience des populations de libellules et évaluer les conséquences à plus long terme de la vidange du barrage des Collanges.

Au-delà du cas de l'Eyrieux, ces études constituent un précieux retour d'expérience pour mieux comprendre les impacts que peuvent avoir certaines opérations de gestion hydraulique sur les milieux naturels. Financées en partie par l'État, elles devraient permettre d'enrichir les connaissances scientifiques et, espérons-le, d’améliorer les pratiques de gestion des ouvrages hydrauliques et la prise en compte des enjeux de biodiversité.

  1. Gomphe à pattes jaunes

  2. Exuvie de Gomphe à pattes jaunes

  3. Cordulie splendide

  4. Exuvie de Cordulie splendide

  5. Cordulie à corps fin

  6. Exuvies de Cordulies à corps fin